Ca y’est, Fulbert est rempli ! Il est maintenant plein de bonne
eau-de-vie bretonne, obtenue par distillation de cidres des Côtes-d’Armor. Le
nectar a été préparé par un orfèvre qui affiche plus de trente années de
pratique à son actif, c’est dire s’il connaît son affaire ! Pour ne rien
gâcher, il est bien connu de mes deux grands-pères qui ont déjà recouru à ses
services en leur temps… Quel honneur et quel plaisir de traiter avec ce
passionné, dans la continuité familiale !
C’est l’occasion de dire quelques mots sur le procédé de
fabrication, qui a eu lieu à l’aide d’un alambic à plateaux. Grâce à ses deux colonnes (colonne de rectification, et colonne de distillation), il permet de produire en continu, c’est-à-dire que la distillation se poursuit tant que du cidre est
injecté en entrée du circuit. Cet alambic permet de cuire « tout ce qui est
liquide » mais pas les fruits macérés : il ne saurait donc être
employé pour distiller de l’eau-de-vie de poire par exemple.
| Fulbert devant la machine infernale d'où allait sortir le nectar qui le remplirait bientôt |
Ce jour-là, on distille des cidres des cantons de Matignon et Pléneuf-Val-André, et l’alcoomètre en sortie d’alambic indique entre
52 et 57°. Un robinet permet de réinjecter l’eau-de-vie
dans le circuit pour la « recuire » et augmenter ainsi le degré d’alcool obtenu.
| La sortie de l'alambic |
Avant de laisser ce rude nectar emplir les entrailles de
Fulbert, il faut l’y préparer avec une boisson plus inoffensive… on utilise
pour cela le cidre « bouilli » (sorti d’alambic), qui jaillit
brûlant de la machinerie ! Pendant une journée complète, ce liquide brun
et odorant « tapissera » le chêne de Fulbert, garantissant son
étanchéité, et apportant une note fruitée ! Fulbert récoltera au passage sa première douche de cidre.
| Recueil du cidre bouilli brûlant en sortie de distillation |
Puis les choses sérieuses commencent pour Fulbert, chargé de
dix litres de « fine », titrant entre 53 et 54° !
C'est là qu'intervient la fameuse « part des anges » : les fûts « boivent », et il faut régulièrement refaire
le « plein » ! Sinon le processus s’accélère à mesure que le fût
se vide, et la « part des anges » s’alourdit au fil du
temps ! Ainsi, en trois mois, Fulbert a déjà « biberonné » un
bon demi-litre de goutte… Il promet ce petit !
Comme c'est un mélange d'eau et d'alcool qui s'évapore, le degré d'alcool diminue progressivement avec le temps (comme pour le rhum vieux par exemple (1)) : un degré à un degré et demi tous les ans. Etant donné que Fulbert est (était) un fût neuf, il « boit » plus et donnera plus de couleur à la goutte qu'un fût vieux.
Et maintenant, patience ! Et à bientôt pour un nouvel
épisode de la vie de Fulbert !
Notes
(1) : pour cette raison, plus un producteur de rhum vieux a l'intention de le faire vieillir longtemps, plus il utilise un rhum alcoolisé, de sorte qu'au terme de vieillissement le rhum affiche le degré souhaité.
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